Les filouteries des riches – Préambule

Illustration BD représentant un chevalier en armure frappant une calculatrice “impôts” face à un homme souriant entouré d’argent, symbolisant l’optimisation fiscale et les stratégies des riches pour éviter l’impôt.

Bon, j’ai lu un article il y a quelques mois dont le sujet était Elon Musk. La discussion a tourné autour de son audace et de ses stratégies financières. J’ai trouvé l’article intéressant, mais pas assez complet pour comprendre le sujet alors que j’étais curieux. Depuis je me suis pas mal documenté et appris énormément de chose sur les finances et le monde économique qu’on connait aujourd’hui.

Le sujet étant à la fois vague et complexe, j’ai eu envie de commencer par démystifier un truc qui fait un peu bander tout le monde pour se mettre au point.

Donc accrochez vous, parce que que vous soyez un connard de gauche, un connard de droite ou un connard centriste, je vais vous livrer encore une dose d’expérience de vie. Et comme d’habitude, si t’es pas d’accord, j’en ai royalement rien à foutre !


Les dividendes : Trucs d’enculés ou de prolos ?


Je dois te préciser deux choses avant de commencer.

Je ne suis pas expert en finance. Je parle de mon expérience et de ce que j’ai compris en dirigeant ma SASU depuis 7 ans.
Les chiffres, eux, ne mentent pas.

Ensuite, je parle de dividendes parce que j’en verse. Pas parce que j’ai vu un thread Twitter.

Quand on ne connaît rien aux dividendes, on imagine toujours un tas de pognon tombé du ciel.
C’est flou, mystérieux, presque suspect.

Et comme toujours, deux camps opposé :

  • A ma gauche, ceux qui pensent que c’est du vol organisé par l’enculé de patron.
  • A ma droite, ceux qui rêvent d’y planquer leur futur yacht alors qu’ils n’ont même pas commencé à lire un bilan comptable.

Les deux fantasment, beaucoup, trop.

Je vais t’expliquer comment ça se passe dans la vraie vie.


1> Le cheminement

En 2019, je décide de me lancer.

Non pas avec un matelas de sécurité. Pas plus qu’avec un héritage ou même des économies.
Je trainais plutôt un crédit immobilier, une femme, un enfant.
Autant dire que l’échec n’était pas une option romantique.

Je choisis la micro-entreprise parce que c’est simple, rapide et accessible sans avoir besoin de comptable. En quelques clics, c’est créé. Quelques jours plus tard, le site est en ligne. Trois produits, une mise en page propre, et cette illusion délicieuse :
“Ça y est, je suis entrepreneur.”

Puis vient la réalité.

Google, c’est pas une place de village mon pote. C’est une putain d’arène.
Un truc à la battle royale ou si tu ne tues pas, tu meurs.
Des centaines de sites vendent exactement la même chose que toi. Certains sont là depuis dix ans. D’autres ont des grosses équipes. Toi, t’es en page cinq. Autant dire invisible.

Alors tu travailles. Encore et encore.

Tu optimises tes fiches. Tu négocies les prix. Tu compares les transporteurs. Tu prépares les colis. Tu passes tes soirées à comprendre le référencement. Tu passes tes journées à préparer des commandes et optimiser le site.
Sept jours sur sept.
Sans patron, mais sans filet.

Et petit à petit, ça fonctionne.

Imaginons un chiffre simple pour comprendre : 100 000 euros de chiffre d’affaires sur une année. Sur le papier, ça fait sérieux. On imagine déjà le patron qui se gave.

Sauf que le chiffre d’affaires, ce n’est pas ce que tu mets dans ta poche.

Si ta marge nette est de 20 %, une fois le produit payé, le transport absorbé, les consommables déduits, les soldes appliquées etc., au final il reste 20 000 euros de bénéfice brut.

Et c’est là que la mécanique française entre en scène.

Un entrepreneur remplit son chiffre d'affaire, mais l'URSSAF le ponctionne de plus en plus.
La cuve magique : Plus tu bosses pour la remplir, plus elle se vide vite.

En micro-entreprise, les charges sociales sont calculées sur le chiffre d’affaires, pas sur le bénéfice.
12,5 % de 100 000 euros.
12 500 euros.

Ajoute 1 % d’impôt libératoire.
Encore 1 000 euros.

Sur les 20 000 euros réellement générés par ton travail, il t’en reste 6 500.

Six mille cinq cents euros.

Pour une année complète à bosser sans compter.
Sans congés payés. Sans protection particulière.

Et je ne dis pas ça en l’air parce que je trouve ça inadmissible. Ce sont simplement les chiffres réels.

Et à ce moment précis, tu comprends que la micro-entreprise est un excellent tremplin… mais une mauvaise maison pour grandir. Si ton activité commence à décoller, rester dans ce cadre revient à t’étouffer volontairement.

C’est là que la question de la société s’impose.
Et avec elle, le mot magique qui fait fantasmer tout le monde : les dividendes.


2> SASu ou EURL ?

Après mon passage éclair chez l’expert-comptable, le décor était planté.

Deux choix s’offrait à moi, étant seul.

SASu ou EURL.

Sur le papier, ça ressemble à une formalité administrative. T’as presque envie de le jouer à pile ou face.
Dans la vraie vie, ça détermine comment tu vas te payer (ou pas)… et combien tu vas réellement garder (ou pas).

Ah oui et il faut garder aussi en tête, petit anecdote sympas, qu’en tant que dirigeant de EURL ou président de SASu, malgré la taxation massive de l’état, tu n’as pas de congés payées. Même un demandeur d’emplois à le droit à ses indemnités pour prendre des vacances (35 jours par an) et se reposer pour avoir envoyé 3 CV, mais quand tu pilotes seul une entreprise et que tu cotises, tu n’y a pas le droit. Elle est pas belle la vie ?

Commençons donc par l’EURL.

En EURL, tu es Travailleur Non Salarié.
Ce qui veut dire une chose très simple : tu ne paies des cotisations que si tu te verses une rémunération. Pas de salaire, pas de charges.
Sur le principe, ça paraît séduisant.

Les cotisations tournent autour de 40 à 45 % de ce que tu te verses.
Moins cher qu’un salarié classique… mais avec une protection sociale plus légère : Retraite plus faible, pas de chômage, couverture inférieure.

Et si tu choisis l’impôt sur les sociétés (parce que tu peux aussi prendre en impôt sur les revenu à ton nom), tu peux te rémunérer soit en salaire… soit en dividendes.

C’est là que les fantasmes commencent.

kévin hurle sur son patron parce qu'il touche des dividendes.
« Parce que tu as des congés payées, pas moi. Parce que si la boîte coule c’est ma maison qui est saisie, pas la tienne. Parce que les soirée et les week-end c’est moi qui les sacrifie, pas toi »

En SASu, c’est simple :
les dividendes ne supportent pas de cotisations sociales spécifique.
Ils subissent « uniquement » la fameuse “flat tax” de 30 %. Perso donner déjà un tiers de ce que je génère à l’état, je trouve ça beaucoup. Mais en France, c’est une aubaine (sachez que votre employeur, pour vous payer, dépense quasiment le double de ce que vous touchez en net).

Si tu distribues 50 000 € de dividendes, il t’en reste 35 000 €.
Pas de taxation supplémentaire. Pas de mauvaise surprise.

Propre. Clair.

En EURL, c’est une autre musique.

En tant que gérant majoritaire (ce qui est le cas vu que tu es seul), les dividendes sont traités différemment.
Tout ce qui dépasse 10 % de ton capital social et de ton compte courant d’associé est considéré comme quasi-rémunération.

Et donc soumis aux cotisations sociales TNS.

Prenons un exemple simple.

Capital social : 1 000 €.
Compte courant : 0 €.
10 %, ça fait 100 €.

Tu décides de te verser 50 000 € de dividendes.

Sur ces 50 000 €, seuls 100 € échappent aux cotisations sociales.
Les 49 900 € restants sont soumis aux cotisations TNS, environ 40 %.

Cela représente presque 20 000 € de cotisations.

Ensuite vient l’impôt sur les dividendes (12,8 %).
Encore un peu plus de 6 000 €.

Au final, sur les 50 000 € que tu pensais récupérer, il t’en reste environ 25 600 €.

La moitié.

Et encore, je te passe les subtilités comptables.

Donc non, les dividendes ne sont pas un coffre magique planqué aux Bahamas.
Selon la structure choisie, la différence peut être énorme. Mais dans tous les cas, le fruit de ton travail se fait amputer soit d’un tiers, soit de moitié.

Moi aussi, un jour, j’aurais des dividendes !

C’est précisément pour ça que le choix du statut n’est pas une formalité administrative.
C’est un choix stratégique.


3> L’hybride

À ce stade, une stratégie apparaît pertinente.

Se verser un petit salaire – souvent autour du SMIC – pour exister dans le système, cotiser un minimum, valider des trimestres pour la retraite, avoir une protection sociale de base.
Et laisser le reste en société pour le distribuer en dividendes.

Sur le papier, ça ressemble à une combine.

Dans la vraie vie, c’est juste une tentative d’équilibre.

Parce qu’il faut rappeler une chose que personne ne dit : les dividendes qui font tant fantasmer ne tombent pas du ciel.

Ils arrivent après :

— des mois/années à bosser 7 jours sur 7
— zéro congé payé
— zéro sécurité
— des risques financiers personnels
— parfois des nuits blanches
— et la pression constante de ne pas se planter

Dans la majorité des petites structures, les dividendes ne sont pas des fortunes obscènes.
Ce sont des sommes qui compensent une année de pression, d’incertitude et de responsabilité.

On parle rarement de yacht.

On parle souvent de trésorerie à sécuriser.
D’un coussin pour l’année suivante.
D’un matelas en cas de coup dur.

Oui, il existe des gros dividendes.
Oui, certains patrons gagnent très bien leur vie.

Mais dans l’immense majorité des TPE et PME, les dividendes sont simplement une autre manière de récupérer une partie de la valeur que tu as toi-même créée.

Pas un miracle fiscal.
Pas une arnaque.
Pas un hold-up.

Juste la contrepartie d’un risque assumé, d’un travail acharné et qui vient agrémenter le petit salaire (Souvent même aucun salaire) que peut prendre le petit patron.

Et c’est précisément pour ça que le débat est souvent biaisé :
Ceux qui fantasment dessus n’ont jamais eu à signer un prêt pro.
Ceux qui les diabolisent n’ont jamais eu à bosser 7 jours sur 7 pendant un an pour zéro salaire.

Les dividendes ne sont ni sales, ni magiques.

Ils sont le résultat d’un choix de structure… et d’une année de travail.

Et si manipulation il y a, elle ne se niche pas dans la petite PME… mais dans les montages sophistiqués des grandes fortunes.


La plupart ne se rend pas compte du sacrifice qui est fait : Peu de temps pour ses enfants, et pourtant pas millionnaire.