Où va mon pognon ? — Partie 1 : La France, championne de la ponction

Le Daron en chevalier regarde l’État français lui prendre des euros pour les redistribuer à Kévin. Légende

Avant de demander où part l’argent, il faut déjà regarder combien on nous en prend.

C’est donc par là que commence cette série.

Pas par un grand discours sur « le modèle français », pas par une bataille idéologique entre les adorateurs de l’État et ceux qui voudraient le vendre sur Leboncoin. On va commencer beaucoup plus simplement : par les chiffres.

Combien la France prélève-t-elle réellement ? Comment se situe-t-elle face à ses voisins ? Et surtout, entre ce que ton travail coûte à ton employeur et ce qu’il te reste réellement pour vivre, combien disparaît en route ?

Pour éviter le concours habituel de mauvaise foi, les données utilisées viennent principalement de l’INSEE, de l’OCDE et des publications officielles. Et pour la partie la plus concrète, j’ai aussi utilisé un salaire de référence. Parce qu’un pourcentage de PIB, c’est très joli dans un rapport. Mais quand tu le retrouves sur ta fiche de paie, à la pompe, sur ta facture d’électricité et à chaque passage en caisse…

tout de suite, ça devient beaucoup plus parlant.

Alors commençons par le commencement :

combien coûte réellement l’État au Français qui travaille ?


I – La France : championne du monde du prélèvement obligatoire ?

À un moment donné, il faut arrêter de tourner autour du pot. Le Français n’est pas « un peu taxé ». Le Français est structurellement ponctionné jusqu’à la moelle.

Les prélèvements obligatoires — c’est-à-dire l’ensemble des impôts et cotisations sociales — représentent aujourd’hui autour de 44 % du PIB. Autrement dit, presque la moitié de la richesse produite dans le pays passe, à un moment ou à un autre, dans les caisses publiques.

La moyenne de la zone euro ?

Autour de 40 %.

L’Allemagne ?

Environ 38 %.

Nous ?

Toujours au sommet. Le TOP du TOP ! Ou juste derrière le Danemark selon les années.

Et je te vois venir, avec ton sourire de fanfreluche :

« Attends… entre 40 et 44 %, franchement, c’est quasiment pareil. »

Ah bon ?

Alors si 4 %, c’est que dalle, pourquoi la TVA ne passe-t-elle pas de 20 à 16 % ?

Après tout, 4 %, c’est rien.

Non parce qu’au bout d’un moment, c’est toujours la même histoire : les « petits pourcentages », bizarrement, on ne nous les présente que dans un sens.

Une petite hausse ici.
Une petite contribution là.
Quelques centimes sur ceci.
Deux petits points sur cela.

Mais pourquoi ça n’arrive jamais, les « petites baisses » ?

Parce que la taxation, c’est un peu comme se faire enfiler un gros gourdin dans l’oignon : mieux vaut y aller progressivement si tu veux éviter que le client se mette à hurler.

Et ce n’est pas une opinion politique.

C’est juste un classement.

Maintenant, 44 % du PIB, ça veut dire quoi concrètement ?

Le PIB français frôle les 3 000 milliards d’euros.

Et autour de 44 % de 3 000 milliards ?

Plus de 1 300 milliards d’euros prélevés chaque année.

1 300 milliards.

Est-ce que tu te rends seulement compte de ce que ça représente ?

Probablement pas. Moi non plus. Alors, pour donner une idée : avec 1 300 milliards d’euros en pièces de 1 euro, on pourrait presque faire quatre allers-retours entre la Terre et la Lune en les empilant.

Voilà l’échelle dont on parle.

C’est complètement démesuré..

Quatre immenses colonnes de pièces de 1 euro relient la Lune à la France pour représenter 1 300 milliards d’euros.
1 300 milliards d’euros en pièces de 1 € empilées représenteraient presque quatre allers-retours entre la Terre et la Lune.

À ce niveau-là, on n’est même plus face à une somme d’argent compréhensible par un cerveau normalement constitué. Le milliard est déjà abstrait. Alors 1 300 milliards, autant compter en piscines olympiques remplies de billets de 50.

Pour remettre cette masse dans son contexte, regardons maintenant où part l’argent public.

En 2024, la France a dépensé environ 1 672 milliards d’euros :

  • 693 milliards pour la protection sociale : principalement les retraites, mais aussi les allocations familiales, le chômage, les minima et autres prestations sociales ;
  • 261 milliards pour la santé : hôpitaux, soins médicaux, remboursements de consultations, médicaments ;
  • 181 milliards pour les services généraux : fonctionnement des administrations, services centraux, collectivités… mais aussi les intérêts de la dette, qui pèsent lourd dans cette catégorie ;
  • 166 milliards pour les affaires économiques : transports et infrastructures, agriculture, énergie, aides et soutiens aux entreprises ;
  • 149 milliards pour l’enseignement : écoles, collèges, lycées, universités et rémunération des personnels ;
  • 54 milliards pour la défense : militaires, équipements, fonctionnement et investissements ;
  • 52 milliards pour l’ordre et la sécurité publics : police, gendarmerie, justice, prisons et sécurité civile.

Et encore, je t’épargne les dizaines de milliards supplémentaires consacrés au logement, à l’environnement, à la culture et au reste de la machine.

Le but ici n’est pas encore de dire qu’un poste est légitime et qu’un autre ne l’est pas. On y viendra surement une autre fois.

Pour l’instant, je veux simplement que tu regardes la taille du bestiau.

Parce qu’avec plus de 1 300 milliards d’euros prélevés chaque année, on prélève l’équivalent d’environ 24 fois l’ensemble des dépenses publiques consacrées à la Défense.

Vingt-quatre armées françaises. Tous les ans.

Et malgré ça, dans pratiquement tous les ministères, tous les services et toutes les administrations du pays, on continue de nous expliquer la même chose : « Désolé, il n’y a plus d’argent. »

À un moment, soit les billets brûlent spontanément en entrant à Bercy… soit il va falloir commencer à regarder sérieusement où passe le pognon.

Le salarié moyen : la grande illusion

Descendons maintenant du PIB au réel : la fiche de paie.

Pour voir ce que tout ça représente concrètement, j’ai fait le calcul avec des chiffres réel sur une année complète. Prenons l’exemple de Nicolas (mais si, tu sais, c’est celui qui paye tout le temps pour tout le monde).

Le travail de Nicolas coûte environ 57 000 € par an à son employeur. Après cotisations et impôt sur le revenu, ce qui arrive réellement dans sa poche tourne autour de 26 000 €.

Autrement dit, avant même que Nicolas ait acheté quoi que ce soit, plus de la moitié du coût de son travail est déjà partie en prélèvements.

Et encore, attends, l’histoire ne fait que commencer !

Parce qu’avec ce qu’il lui reste, il va faire ses courses, payer son électricité, faire le plein, entretenir sa maison… et retrouver l’État à chaque caisse : TVA, taxes sur l’énergie, fiscalité sur les carburants, taxe foncière et compagnie.

En France, quand tu bosses, l’État c’est un peu ton associé. Il est en binôme avec toi mais par contre, uniquement pour partager le salaire. Lui ne pointe pas à l’usine à 5h du matin tu vois.

Le véritable tour de force, c’est d’avoir fragmenté tout ça : cotisations patronales, cotisations salariales, CSG, CRDS, impôt sur le revenu, TVA, taxes diverses… Un petit morceau ici, un autre là. Pris séparément, ça passe presque inaperçu.

C’est quand t’additionnes tout que la quenelle commence à avoir une taille franchement respectable.

Et nous avons appris à ne surtout pas regarder l’ensemble. Quand on parle salaire, on pense au net. Moi le premier. On regarde ce qui tombe sur le compte parce que c’est avec ça qu’on va vivre, mais rarement ce que notre travail coûte réellement à l’employeur (autrement dit, la valeur que ton patron donne à ton travail).

C’est un peu comme commander un steak de 300 grammes au restaurant. Le serveur arrive, te présente la pièce de viande, puis s’installe à côté de toi et en mange plus de la moitié sereinement. Après il pose le reste sur la table en t’expliquant :

« Ne vous inquiétez pas monsieur, au départ, vous aviez bien 300 grammes. »

Alors que cet enculé vient d’en avaler 200.

Bienvenue sur ta fiche de paie.

On pourrait encore accepter ce système comme un choix de société si, en échange, on disposait de services publics à la hauteur.

Après tout, payer énormément pour avoir une excellente école, un excellent hôpital, une justice rapide et une administration efficace, ça peut se défendre.

Le problème, c’est que la France cumule parmi les prélèvements obligatoires les plus élevés au monde et des dépenses publiques qui tournent autour de 57 % du PIB. Nous ne sommes donc pas un pays qui manque globalement d’argent public.

Mais quand malgré tout l’hôpital sature, l’école décroche, la justice ralentit et l’administration se déshumanise, une question devient difficile à éviter :

Qu’est-ce que la machine fout avec tout le pognon qu’on lui injecte ?


Le Daron en chevalier regarde l’État français lui prendre des euros pour les redistribuer à Kévin. Légende
Le principe est simple : l’État plonge dans la poche du Daron avant de décider lui-même où ira l’argent.

Voilà donc le décor.

La France prélève énormément, taxe le travail lourdement, puis continue à reprendre sa part quand l’argent est dépensé. On peut discuter du bien-fondé de chaque impôt, de chaque cotisation, de chaque taxe. Mais il devient difficile de prétendre que le Français est simplement « un peu plus taxé que les autres ».

La vraie question commence maintenant.

Parce qu’après avoir regardé combien on paie, il faut regarder ce qu’on reçoit en échange.

Hôpital, école, justice, administration, sécurité : sur le papier, ce sont précisément les services qui justifient une telle pression fiscale.

Alors dans la deuxième partie, on va arrêter de regarder les milliards depuis Bercy.

On va regarder ce qu’il en reste au bout du tuyau