Où va mon pognon ? — Partie 3 : Maintenant, suivons l’argent

Illustration satirique montrant les contribuables français versant argent et formulaires dans une immense machine administrative, dont seule une petite partie ressort vers l’hôpital, l’école et les services publics.

III – Où passe l’argent ? Dans la graisse administrative.

Dans la partie précédente, nous avons constaté une chose assez fascinante.

La France prélève énormément, et elle dépense encore davantage.

En 2025, les prélèvements obligatoires ont représenté 43,6 % du PIB.

Les dépenses publiques ? 57,2 % du PIB.

Et malgré cela, les comptes publics terminent encore l’année avec 152,5 milliards d’euros de déficit, tandis que la dette atteint 115,6 % du PIB.
Nouveau record, félicitations à tous !

Alors cette fois, pas de théorie.

Pas de grand discours sur « le modèle français ».

Pas de fantasme non plus sur un coffre secret caché sous Bercy dans lequel Bruno, Gérard et deux énarques fumant le cigare entasseraient nos impôts.

On avait promis de suivre le pognon.

Alors, allons-y.

Où va réellement l’argent ?

Les chiffres existent. Et ils sont même assez clairs.

En 2024, les administrations publiques françaises ont dépensé 1 672 milliards d’euros.

Dans la ventilation de l’INSEE :

  • 693 milliards, soit 41 %, sont partis dans la protection sociale ;
  • 261 milliards, soit 16 %, dans la santé ;
  • 181 milliards, soit 11 %, dans les « services publics généraux » ;
  • 166 milliards, soit 10 %, dans les affaires économiques ;
  • 149 milliards, soit 9 %, dans l’enseignement.

Le reste finance notamment la défense, la sécurité, le logement, la culture ou encore l’environnement.

Arrêtons-nous un instant sur ces 181 milliards de “services publics généraux”.

À première vue, on pourrait être tenté de dire :

« Voilà. C’est ça, la tuyauterie. »

Mais ce serait trop simple.

D’abord parce qu’environ 60 milliards correspondent aux intérêts de la dette.

Mais surtout parce que la tuyauterie administrative ne s’arrête absolument pas à cette ligne budgétaire.

Le coût de l’administration hospitalière reste comptée dans la santé.

Le coût d’une structure chargée de gérer une prestation sociale reste rattachée à la protection sociale.

Le coût des fonctions administratives de l’Éducation nationale restent dans l’enseignement.

Autrement dit :

une partie de la graisse est visible dans les “services publics généraux”.

Le reste est disséminé dans toute la machine.

Et c’est précisément ce qui rend son coût réel si difficile à isoler.

Mystère résolu ?

Pas vraiment.

Parce que dire que 261 milliards sont consacrés à la santé ne signifie pas que 261 milliards ont payé des médecins, des infirmières, des médicaments, des scanners ou des lits d’hôpitaux.

Dire que 149 milliards sont consacrés à l’enseignement ne signifie pas que 149 milliards sont arrivés devant un tableau noir.

Dire que plusieurs centaines de milliards financent notre protection sociale ne signifie pas que chaque euro prélevé est gentiment parti tout droit de votre fiche de paie jusqu’au compte bancaire d’un retraité.

Entre les deux, il y a quelque chose.

Une (grosse) machine.

Et c’est maintenant qu’il faut l’ouvrir.

Le problème n’est pas seulement où va l’argent

C’est ce qu’il traverse pour y arriver.

Parce qu’un budget public n’est pas un camion qui prend un milliard d’euros à Bercy et le dépose devant un hôpital.

L’argent est collecté.

Affecté.

Budgété.

Ventilé.

Transféré.

Instruit.

Réparti.

Contrôlé.

Justifié.

Évalué.

Parfois repris.

Parfois redirigé.

Parfois cofinancé.

Et chacune de ces opérations nécessite quelque chose.

Un organisme.

Un service.

Des agents.

Une direction.

Un logiciel.

Un contrôle.

Un formulaire.

Une réglementation.

Une procédure.

Autrement dit :

le tuyau a lui-même un prix.

Et ce prix est payé avec exactement le même argent que celui qu’il est censé acheminer.

C’est là que se trouve une partie du problème français.

La bureaucratie n’est pas simplement une ligne de dépense placée quelque part entre « Santé » et « Éducation ».

Elle traverse les lignes.

Elle vit à l’intérieur des politiques publiques.

Elle est dans la santé.

Dans l’école.

Dans les aides.

Dans les collectivités.

Dans la protection sociale.

Dans l’économie.

Dans les subventions.

On ne peut donc pas ouvrir le budget de l’État, chercher une ligne intitulée « Grosse administration inutile : 248 milliards » et pousser un cri de victoire.

Ce serait pratique.

Mais la graisse ne fonctionne pas comme ça.

Elle est infiltrée dans la viande.

Prenons la santé

Parce que c’est probablement l’exemple le plus parlant.

En 2024, la dépense courante de santé a représenté environ 333 milliards d’euros.

Sur cette somme, la DREES identifie 16,9 milliards d’euros de dépenses de gestion du système de santé.

C’est 5,1 % du total.

Attention : ces 16,9 milliards ne sont pas 16,9 milliards de « fonctionnaires inutiles ».

Ils incluent notamment les coûts de gestion de la Sécurité sociale, mais aussi ceux des assurances et institutions de prévoyance.

Ce chiffre ne mesure donc pas la « bureaucratie d’État ».

Il démontre quelque chose de beaucoup plus simple :

faire circuler l’argent de la santé coûte déjà, en lui-même, près de 17 milliards d’euros par an.

Et ça, ce ne sont encore que les coûts de gestion que la comptabilité sait isoler.

Parce qu’un médecin qui passe une partie de sa journée à remplir des dossiers est comptabilisé comme médecin.

Une infirmière occupée à tracer, saisir, coder ou justifier reste comptabilisée comme infirmière.

Un directeur d’établissement qui répond à une nouvelle procédure travaille toujours pour un hôpital.

Un professionnel de terrain peut donc être parfaitement comptabilisé dans le « soin »… tout en passant une partie de son temps à nourrir la machine, par de nouvelle normes, procédures, logiciels etc.

Voilà toute la difficulté.

La bureaucratie ne porte pas toujours un costume gris derrière un bureau à Paris.

Parfois, elle porte une blouse blanche avec un formulaire à la main.

La norme : la graisse invisible

Et pour comprendre pourquoi cette machine grossit, il faut regarder ce qui la nourrit :

La norme.

On pourrait croire que « l’inflation normative » est une expression de patron de PME énervé après son troisième café.

Malheureusement, non.

Le Conseil d’État lui-même documente le phénomène.

Entre 2004 et 2025, le nombre d’articles législatifs en vigueur est passé d’environ 56 000 à plus de 96 000, soit une hausse de plus de 70 %.

Et les données publiées en 2026 portent le stock total du droit consolidé à près de 367 000 articles législatifs et réglementaires, représentant près de 49 millions de mots.

Quarante-neuf millions.

À ce niveau-là, ce n’est plus un corpus juridique, C’est une espèce invasive.

Pourquoi est-ce important pour notre pognon ?

Parce qu’une norme ne vit pas seule. Une nouvelle obligation implique quelqu’un pour la comprendre. Quelqu’un pour l’appliquer. Quelqu’un pour expliquer comment l’appliquer. Quelqu’un pour vérifier qu’elle a été appliquée. Quelqu’un pour traiter les cas où elle ne l’a pas été. Quelqu’un pour résoudre les contradictions avec les normes précédentes.

Et, avec un peu de chance, quelques années plus tard :

quelqu’un pour rédiger une loi de simplification.

La France a d’ailleurs développé cette discipline étrange consistant à produire régulièrement des textes destinés à simplifier les textes produits auparavant.

On fabrique de la complexité, puis on finance la simplification de la complexité.

Il fallait y penser.

Le problème n’est donc pas simplement qu’il existe beaucoup de règles.

Le problème est que chaque règle a un coût humain et administratif.

Une norme engendre une procédure.

La procédure engendre du contrôle.

Le contrôle engendre de la gestion.

La gestion engendre de la structure.

Et la structure finit évidemment par demander un budget.

Bienvenue dans le mille-feuille

Prenons maintenant l’argent public et faisons-le descendre jusqu’au niveau local.

Au 1er janvier 2026, la France compte :

34 875 communes.

Mais également 1 252 intercommunalités à fiscalité propre.

Et encore 8 113 syndicats intercommunaux.

Puis viennent les départements.

Les régions.

L’État.

Et, selon les projets, les financements ou les réglementations européennes.

Évidemment, toutes ces structures ne font pas la même chose.

Et heureusement.

Le maire de Montauban ne fixe pas le budget de l’armée française et la région Occitanie ne délivre pas votre carte Vitale.

Le problème est ailleurs.

Les compétences peuvent se croiser.

Les financements aussi.

Prenons un projet local parfaitement banal.

Une commune veut construire, rénover ou aménager quelque chose.

Elle peut déposer un dossier auprès d’une intercommunalité.

Chercher une aide du département.

Obtenir un financement régional.

Solliciter l’État.

Répondre éventuellement aux conditions d’un fonds européen.

Et chaque fois que l’argent passe par un nouvel étage, il faut quelqu’un pour préparer le dossier d’un côté…

et quelqu’un pour l’instruire de l’autre.

Puis quelqu’un pour vérifier les pièces.

Puis quelqu’un pour valider.

Puis quelqu’un pour contrôler l’utilisation de la subvention.

Et souvent quelqu’un pour rédiger le bilan expliquant à celui qui a donné l’argent que l’argent a bien servi à ce qui était écrit dans le dossier demandant l’argent.

Le contribuable finance celui qui demande.

Puis celui qui étudie la demande.

Puis celui qui valide la demande.

Puis celui qui contrôle celui qui a reçu ce que l’autre avait validé.

Tout est parfaitement légal.

Parfaitement justifié.

Parfaitement traçable.

Et parfaitement ruineux lorsqu’on le reproduit des milliers de fois.

La cathédrale administrative française ne gaspille pas nécessairement l’argent en le jetant par les fenêtres. Elle fait parfois quelque chose de beaucoup plus élégant :

elle le consomme en ouvrant les portes.

Les agences : quand l’État commence à bourgeonner

Puis il y a tout ce qui tourne autour de l’État lui-même.

Agences.

Opérateurs.

Établissements.

Conseils.

Commissions.

Organismes consultatifs.

Là encore, évitons la caricature.

Une agence n’est pas inutile simplement parce qu’elle s’appelle « agence ».

Un opérateur public peut assurer une mission absolument essentielle.

Mais leur multiplication est suffisamment spectaculaire pour que le Sénat ait consacré en 2025 une commission d’enquête entière au phénomène.

Ses travaux ont recensé, selon différents périmètres, 103 agences, 434 opérateurs de l’État, 317 organismes consultatifs et jusqu’à 1 153 organismes publics nationaux.

Ces catégories se recoupent en partie : il ne faut donc surtout pas les additionner bêtement.

Mais le Sénat lui-même parle d’un « émiettement de l’action publique » et d’un paysage développé sans véritable stratégie d’ensemble.

Les 434 opérateurs inscrits au budget 2025 représentaient à eux seuls environ 402 000 emplois sous plafond et 77 milliards d’euros de financement public.

Encore une fois :

77 milliards ne signifie pas 77 milliards de gaspillage.

Des universités et de grands établissements de recherche, par exemple, appartiennent à cet univers.

Mais c’est précisément le problème de cette machine.

Elle est devenue tellement vaste qu’il est impossible de regarder un chiffre brut et de séparer d’un coup de stylo :

la mission utile,

le service produit,

la structure nécessaire,

le doublon,

le contrôle du doublon,

et le bureau qui coordonne les deux.

Même le Sénat avertit d’ailleurs qu’on ne récupérera pas miraculeusement des dizaines de milliards simplement en fusionnant quelques logos : tant que les missions publiques restent identiques, les économies structurelles restent limitées.

Voilà le nœud du problème.

Supprimer le panneau sur la porte ne sert à rien si l’on conserve tout ce qu’il y a derrière.

La subvention : ou l’art de faire voyager un euro

Ensuite viennent les aides.

Aides aux entreprises.

Aides aux associations.

Aides aux collectivités.

Aides sectorielles.

Appels à projets.

Fonds.

Plans.

Primes.

Dispositifs exceptionnels.

Dispositifs temporaires qui découvrent parfois (souvent) une vocation permanente.

Là encore, l’idée n’est pas de prétendre que toute subvention est mauvaise. C’est absurde. Certaines financent des choses parfaitement légitimes.

Mais regardons simplement le voyage de l’euro.

Pour distribuer de l’argent public proprement, il faut définir les critères.

Publier le dispositif.

Informer les bénéficiaires.

Recevoir les demandes.

Vérifier leur éligibilité.

Étudier les dossiers.

Arbitrer.

Notifier.

Verser.

Contrôler.

Évaluer.

Récupérer éventuellement les sommes indues.

Puis produire des statistiques permettant de démontrer que le dispositif fonctionne.

Chaque étape prise séparément semble parfaitement raisonnable.

C’est même le paradoxe.

La bureaucratie française n’est pas construite uniquement avec des absurdités.

Elle est largement construite avec une accumulation de choses raisonnables.

Une précaution raisonnable.

Puis une deuxième.

Puis un contrôle raisonnable de la première.

Puis une commission raisonnable chargée d’harmoniser les deux.

Puis un formulaire raisonnable permettant d’en garder la trace.

Et trente ans plus tard, tout le monde regarde le monstre en se demandant quel imbécile a pu construire ça.

Réponse :

personne.

Chacun n’a ajouté qu’une brique.

Six millions de fonctionnaires ?

Presque.

Fin 2024, la fonction publique française comptait 5,85 millions d’agents.

C’est énorme.

Mais brandir ce chiffre seul serait intellectuellement paresseux.

Parce que dedans, il y a des enseignants. Des policiers. Des militaires. Des magistrats. Des infirmiers. Des médecins. Des surveillants pénitentiaires. Des agents territoriaux.

Des gens dont personne de sérieux ne prétend que le pays pourrait simplement se passer demain matin.

La bonne question n’est donc pas :

« Combien avons-nous de fonctionnaires ? »

La bonne question est :

« Combien de leur temps achetons-nous réellement pour produire le service que nous attendons d’eux ? »

Parce qu’un professeur recruté pour enseigner mais noyé sous les procédures reste un professeur dans les statistiques.

Un policier remplissant des heures de paperasse reste un policier.

Un soignant devant documenter chaque acte reste un soignant.

Un maire ou un agent territorial occupé à naviguer dans un maquis réglementaire reste comptabilisé dans le service public local.

Le problème français n’est donc pas seulement le nombre de personnes dans la machine.

C’est aussi le nombre de personnes utiles auxquelles la machine impose de travailler pour elle.

Et ça, c’est beaucoup plus vicieux.

Parce que vous pouvez augmenter les effectifs…

sans augmenter proportionnellement le service rendu.

Vous avez ajouté des bras.

La structure leur a simplement donné davantage de papier à porter.

Et puis il y a le cadavre dans le placard : la dette

Parce que tout l’argent que nous dépensons aujourd’hui ne finance même pas aujourd’hui.

Une partie paie hier.

En 2024, les intérêts de la dette publique comptabilisés par l’INSEE ont atteint environ 60 milliards d’euros.

Soixante milliards.

Pas pour construire une école.

Pas pour embaucher une infirmière.

Pas pour acheter un Rafale.

Pas pour financer une retraite.

Pas même pour rembourser réellement le capital emprunté.

Pour payer le droit d’avoir déjà emprunté.

Et comme la France continue de dépenser davantage qu’elle ne reçoit, le mécanisme se nourrit lui-même.

Déficit.

Dette.

Intérêts.

Nouveau déficit.

Nouvelle dette.

Nous avons donc réussi cette prouesse remarquable :

une partie de nos impôts actuels sert à payer les intérêts des dépenses que nos impôts passés n’ont pas suffi à financer.

Et nous empruntons encore pour compléter.

À ce stade, même le serpent qui se mord la queue commence à trouver le montage douteux.

Alors, où va mon pognon ?

Maintenant, nous pouvons répondre.

Il va dans les retraites.

Dans la santé.

Dans l’école.

Dans la sécurité.

Dans les collectivités.

Dans les entreprises.

Dans les aides.

Dans la défense.

Dans le remboursement de nos erreurs passées.

Il ne disparaît pas.

Mais il n’arrive pas non plus intact.

Parce qu’entre le contribuable et le service final s’étend une immense tuyauterie.

Des administrations.

Des caisses.

Des collectivités.

Des opérateurs.

Des agences.

Des commissions.

Des normes.

Des procédures.

Des contrôles.

Des cofinancements.

Des systèmes informatiques.

Des formulaires.

Des services chargés de coordonner les services qui coordonnent les dispositifs.

Peut-on écrire sérieusement que cette tuyauterie « mange 20 %, 30 % ou 40 % de l’argent public » ?

Non.

Il n’existe pas un gigantesque compteur national intitulé « graisse bureaucratique » permettant d’en sortir honnêtement un pourcentage unique.

Et celui qui vous donne ce chiffre avec deux décimales est probablement en train de vous vendre quelque chose.

Mais peut-on prétendre que le coût de cette structure est négligeable ?

Non plus.

Nous savons que la santé porte des milliards de frais de gestion.

Nous connaissons la multiplication des structures.

Nous pouvons compter les étages territoriaux.

Nous pouvons mesurer l’explosion du stock de normes.

Nous savons combien de personnes et de budgets sont mobilisés par les opérateurs publics.

Et nous savons surtout qu’à chaque fois qu’une procédure supplémentaire est créée, quelqu’un devra être payé pour la produire, la comprendre, l’appliquer ou la contrôler.

Le problème n’est donc pas mystérieux.

Il est structurel.

Ce n’est pas un complot.

C’est pire.

Parce qu’un complot, au moins, possède des responsables.

Une salle.

Un plan.

Quelques types à arrêter.

Ici, rien de tout cela.

Personne ne s’est réveillé un matin en décidant :

« Tiens, si on construisait le système administratif le plus épais possible ? »

La machine s’est fabriquée toute seule.

Mandat après mandat.

Réforme après réforme.

Crise après crise.

Une nouvelle règle pour résoudre un problème.

Une nouvelle aide pour corriger un effet de la précédente.

Une agence pour piloter une politique.

Un contrôle pour surveiller l’agence.

Une intercommunalité pour mutualiser les communes.

Un dispositif pour coordonner les collectivités.

Un formulaire pour sécuriser le dispositif.

Et une mission de simplification pour essayer de comprendre pourquoi plus personne n’arrive à remplir le formulaire.

C’est ça, le vrai monstre.

Personne ne l’a construit.

Tout le monde l’a nourri.

Plus de normes créent davantage de procédures.

Davantage de procédures nécessitent davantage de gestion.

Davantage de gestion réclame davantage de moyens.

Et lorsque le service public finit malgré tout par manquer d’argent sur le terrain, quelle est notre réponse favorite ?

Remettre de l’argent.

Encore.

Toujours.

Sans d’abord démonter la machine qui en consomme une partie en chemin.

Le vrai mot

Pendant des décennies, on a présenté le niveau colossal de dépense publique française avec des mots magnifiques.

Solidarité.

Protection.

Service public.

Modèle social.

Tous ces mots désignent des choses réelles.

Et souvent nécessaires.

Mais ils ne suffisent plus à décrire ce que nous avons construit autour.

Parce que lorsque chaque politique accumule ses normes, ses structures, ses contrôles, ses intermédiaires et ses dispositifs jusqu’à exiger toujours davantage de ressources simplement pour continuer à fonctionner…

il faut appeler les choses par leur nom.

Obésité bureaucratique.

Pas parce que tous ceux qui travaillent dans la machine sont inutiles.

C’est justement l’inverse.

Parce qu’une machine obèse finit par gaspiller le travail des gens utiles.

Elle immobilise le médecin.

Elle occupe l’enseignant.

Elle ralentit l’entrepreneur.

Elle épuise le maire.

Elle transforme le fonctionnaire en gestionnaire de procédures.

Elle prélève chez le contribuable un euro dont une partie doit servir à financer le chemin parcouru par cet euro.

Puis, lorsque ce qui arrive au bout ne suffit plus…

elle revient voir le contribuable.

Et elle lui demande un deuxième euro.

Voilà où part le pognon.

Pas dans un coffre.

Pas dans un complot.

Pas même nécessairement dans la poche de quelqu’un.

Dans une machine devenue tellement grosse qu’une partie croissante de son énergie sert simplement à faire tourner ses propres engrenages.

Et tant que la France cherchera seulement à financer davantage le système sans accepter de l’ouvrir, d’arracher les doublons, de supprimer les étages inutiles, de simplifier réellement ses normes et de condamner les tuyaux qui ne mènent plus nulle part…

on pourra y injecter dix milliards.

Cinquante milliards.

Cent milliards.

La machine ne sera jamais rassasiée.

Il faut, un jour, avoir le courage de le mettre au régime.